Réforme de l’université : quelles leçons tirer du système public d’enseignement californien ?
Vendredi 13 juillet 2007 :: Economie et Société :: Lien permanent :: RSS
En dépit de l'unanimité à réclamer une réforme de l'Université, la ministre de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse a été contrainte de réviser à la baisse le contenu de sa réforme. L'autonomie des universités, principe fondateur de cette réforme, fait craindre à certains acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche leur privatisation, la recherche de financements pouvant conduire à nouer avec des entreprises privées des partenariats de nature à mettre en cause les missions de service public de l'enseignement supérieur. Dès janvier 2005, la Fondation pour l'innovation politique avait dégagé les pistes d'une réforme du système français de l'enseignement supérieur, à travers une étude de Bernard Belloc, professeur de sciences économiques à Toulouse, sur le système public d'enseignement supérieur de Californie. Cette étude a donné lieu à une table ronde « prémonitoire », puisqu'elle préconisait, à la lumière de l'expérience californienne, un renforcement de l'autonomie financière des conseils d'administration, une incitation à la concurrence entre institutions, une orientation sélective des étudiants voués à la recherche et le renforcement du rôle des universités dans les formations « professionnalisantes ».
En 2004, une étude de l'OCDE sur l'éducation rectifiait une idée reçue en affirmant que le système américain d'enseignement supérieur apparaît comme plus ouvert que le système français, et plus favorable à l'obtention d'un diplôme. 37 % des jeunes Français en âge de faire des études sont inscrits dans l'enseignement supérieur contre 64 % aux États-Unis. 59 % des Français sortent du système avec un diplôme contre 66 % aux Etats-Unis !
Dans le cas particulier de la Californie, le secteur public joue un rôle déterminant dans l'enseignement supérieur, ses missions étant proches du cahier de charges imposées au système français : égalité dans l'accès à la formation, promotion sociale, rayonnement international en matière de recherche, tout ceci sous le contrôle de l'Etat de Californie, qui assure l'essentiel du financement. Même si, à la différence de la France, l'enseignement public californien bénéficie de dons de ses anciens élèves (à hauteur de 7,4 milliards de dollars) et de partenariats importants avec les entreprises privées.
Le système californien est un point de comparaison intéressant, justifie Bernard Belloc, « parce qu'il s'agit d'un exemple de système public obtenant des résultats d'excellence » : 44 prix Nobel, plusieurs campus classés parmi les dix meilleurs au monde. 160 entreprises, d'après les chiffres 2001-2002, se sont créées à partir de brevets déposés par le système public.
Ces bons résultats reposent sur une organisation qui, certes, instaure une sélection à partir d'un « test d'aptitude scolaire » (SAT), mais qui favorise en permanence les passerelles entre les différents établissements. Ainsi l'Université de Californie, qui est une université de recherche, n'accepte que les élèves se situant dans la tranche de 12,5 % des meilleurs scores au test, mais l'Université d'Etat (une université de formation) est obligée par la Constitution d'admettre chaque année les meilleurs étudiants de l'échelon d'en-dessous (les Community colleges, sorte d'équivalent de nos IUT) qui souhaitent continuer leurs études. Soit 40 % de ses effectifs pour 60 % de primo-entrants.
Autre caractéristique éclairante: les instances de décision ne sont pas issues de l'université elle-même, mais formées de membres, industriels ou acteurs économiques importants, nommés par le gouverneur de l'Etat.
Le pouvoir qui décide et administre n'est pas le même qui propose les choix académiques, alors qu'en France les instances de décisions sont à la fois juge et partie. Bernard Belloc préconisait donc dès 2005 de multiplier les sources de financement, avec en ligne de mire, l'attribution de bourses en plus grand nombre aux étudiants (39 % d'étudiants boursiers en Californie, 20 % en France). Il suggérait aussi, ce que la réforme en cours de discussion au Parlement n'a pas osé esquisser, que les conseils d'administration soient ouverts à des partenaires extérieurs, responsables de collectivités locales, industriels, partenaires culturels, au-delà des seuls personnels enseignants et des représentants des étudiants. Valérie Pécresse en a beaucoup parlé, Bernard Belloc a aussi insisté sur un assouplissement des recrutements et la motivation des enseignants à travers leur rémunération. Au cours de la table ronde consacrée par la Fondation à ce sujet, Jacques Cremer, directeur de l'Institut d'économie industrielle de l'université de Toulouse, a fait remarquer qu'en Californie, les bons professeurs, dans un même département, avec la même ancienneté, sont payés beaucoup plus. Il y a aussi des différences entre les disciplines, un professeur de finances étant payé plus qu'un économiste, lui-même payé plus qu'un historien.
Sans prétendre dupliquer à l'identique ce système, Bernard Belloc s'est montré favorable à l'instauration d'un « vrai marché » pour les professeurs, afin d'inciter ceux qui en ont l'appétit et l'énergie à faire de la recherche, d'autres à valoriser leurs sens de la pédagogie. Bref, à reconnaître la multiplicité des tâches qui caractérise le métier d'universitaire, ce que ne fait pas encore le système français, sans doute au détriment de sa recherche. La dernière piste, celle d'une orientation sélective des élèves, évoquée lors de la préparation du texte en cours de discussion, a provoqué une levée de boucliers de la part des syndicats étudiants. Bernard Belloc souligne que son corollaire, inévitable, est l'organisation de possibilités de transferts plus nombreuses et plus souples d'une filière à l'autre, d'une institution à l'autre.

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