Élection présidentielle : l’effet paradoxal d’Internet
Lundi 21 mai 2007 :: Economie et Société :: Lien permanent :: RSS
Les citoyens, particulièrement les jeunes citoyens, ne veulent plus faire de la politique comme on en faisait dans les années 1960 ou 1980. Internet serait donc le nouvel outil du militantisme politique, comme l'a déjà montré l'élection présidentielle passée et comme devrait le confirmer, de façon encore plus appropriée aux enjeux locaux, les campagnes municipales et régionales à venir. Ce scénario a été évoqué par Thierry Vedel, chercheur au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) lors d'une table ronde organisée en pleine campagne présidentielle, le 28 février 2007, par la Fondation pour l'innovation politique, dont Pierre de La Coste, consultant et écrivain, livre la synthèse dans un Document de travail intitulé « Élection présidentielle : l’effet paradoxal d’Internet ».
Cette table ronde a mis en lumière une réalité : Internet a servi et transformé la politique. Mais l'inverse est également vrai : la campagne présidentielle a attiré de nouveaux internautes et a contribué à l'essor d'Internet en France, bien que le thème des technologies de l'information, en tant que sujet politique, n'ait été abordé que marginalement par les candidats.
La palme d'or de l'utilisation de ce vecteur de communication revient sans doute à Ségolène Royal et à sa « démocratie participative », qui a largement donné la parole aux citoyens internautes. Délégué national aux nouvelles technologies du parti socialiste, Maurice Ronai a montré en quelques chiffres l'importance d'Internet dans la campagne de la candidate socialiste : 10 % de son budget de campagne, soit 2 millions d'euros, 6 000 débats locaux dont il a été rendu compte et qui ont été analysés sur le Net, 135 000 contributions lues et restituées après examen sous forme de synthèse ou de textes lors des forums participatifs. Avec ce résultat paradoxal que cette utilisation très avancée du Net a aggravé les insuffisances ou les flottements de la candidate. Positive sur les sujets de société et sur les besoins quotidiens de la population, elle n'a pas permis à la candidate de faire valoir des réponses claires et personnelles sur les sujets phares de la présidentielle : défense, politique étrangère, dette, réforme de l'Etat. Sujets trop complexes pour trouver une solution dans les contributions des citoyens eux-mêmes. Dans cette synthèse, Pierre de La Coste souligne que Nicolas Sarkozy s'est montré plus classique, confiant à ses e-militants le soin de relayer un message venu d'en haut, sans le modifier ni le discuter. Internet lui a permis de construire son image moderne, dynamique et énergique, comme en témoigne le soutien du plus grand blogueur politique français, Loïc Le Meur, qui a drainé vers lui des utilisateurs d'Internet créateurs ou pionniers, souvent classés à gauche.
François Bayrou, lui, est parvenu à ne pas être noyé par le duel médiatique Sarkozy-Royal et à pallier son manque de moyens grâce au cybermilitantisme et au ton très incisif de ses partisans. Quitterie Delmas, animatrice du blog « Les jeunes libres » et partisane d'un dépassement du clivage gauche/droite, tire la conclusion que « les vrais perdants de la campagne sur le Net, ce sont les appareils politiques », par nature assez fermés. Ségolène Royal a ainsi contourné son parti, dont l'appareil lui était hostile, pour s'imposer dans l'opinion via le Net et une image médiatique très élaborée.
Sans doute s'est-elle trompée de campagne, mais sans doute aussi le concept de « démocratie participative » qu'elle a étrenné prendra-t-il tout son sens dès les prochaines élections municipales. André Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux, commune pionnière en la matière, souligne que sa mairie reçoit 2 200 e-mails par jour qui alertent les élus sur un lampadaire défectueux, un nid-de-poule, les besoins de places en crèche, etc. Les blogs citoyens non officiels inciteront les sites des collectivités locales à plus de transparence et interpelleront directement les candidats sur les actions de proximité qui relèvent de leur compétence.
Internet avait joué un grand rôle dans la campagne du « non » au référendum sur l'Europe. Les blogs politiques se sont installés avec l'élection présidentielle. Ils ont de l'avenir car, selon Stéphane Grégoire, juriste chargé de mission au Forum des droits sur l'Internet, « c'est un moyen d'expression peu cher qui permet à tout le monde de s'exprimer, à armes égales ». Avec des garanties d'accessibilité, de traçabilité des échanges, de remise en cause de la communication politique institutionnelle qui manquaient jusqu'à présent aux électeurs dans des campagnes classiques, rythmées par les journaux télévisés distributeurs de la bonne parole des candidats.
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> Sur le site de la Fondation
Élection présidentielle : l’effet paradoxal d’Internet (Document de travail, par Pierre de La Coste, mai 2007)
> Sur les blogs
Des jeunes libres de s'engager, le blog de Quitterie Delmas
Le Club de l'Hyper-République, le blog de Pierre de La Coste |

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