Ainsi en va-t-il du Danemark, qui a fortement réduit en 15 ans son arsenal de protection de l'emploi en faisant de la mobilité de l'emploi (plutôt que de la stabilité recherchée en France) une arme pour augmenter le niveau d'emploi de la population. En France, un salarié occupe en moyenne le même poste pendant 11 ans. Les pays scandinaves se situent plutôt entre 8 et 10 ans et, en 2003, 25% des salariés danois ont changé d'emploi, ce qui place ce pays au même niveau que le Royaume-Uni et les États-Unis pour le « job rotation ». Ainsi le modèle scandinave s'appuie aujourd'hui sur une plus grande mobilité des salariés, jugée bénéfique pour eux et pour la société. Certes la protection sociale reste forte mais, en contrepartie, la protection de l'emploi et sa stabilité sont réduites.

La Suède, d'après Ségolène Royal, aurait « inventé la sécurité sociale professionnelle », idée très populaire auprès des syndicats et de certains économistes en France. Mais, alors que les politiques croient que cette sécurité sociale professionnelle est financée par des fonds publics, Anna Stellinger, prenant l'exemple d'Ericsson, montre qu'elle est le fait de l'entreprise, dont le sens des responsabilités fait qu'elle a proposé, pour éviter des licenciements brutaux, une palette de mesures alternatives laissant aux salariés le temps de se retourner.

Le salarié peut par exemple suivre une formation de reconversion en restant rémunéré par l'entreprise, ou bénéficier de préavis de plus d'un an ou d'aide à la création de sa propre entreprise. Ni l'organisation, ni le financement n'ont été conduit par l'Etat, qui n'intervient en Suède qu'en dernier recours, lorsque les partenaires sociaux n'ont pas trouvé de solution.

Enfin, le « vrai » modèle scandinave démontre que l'emploi des seniors n'est pas l'ennemi de l'emploi des jeunes. « La logique du partage du travail est contraire aux politiques d'emploi scandinaves », affirme Anna Stellinger. Les jeunes Danois, moins touchés par le chômage que les jeunes Français (7,1 % de chômage chez les 15-24 ans au Danemark, 20,2 % en France), ne trouvent pas un emploi parce les seniors leur auraient cédé la place, puisque 60,1 % des 55-64 ans travaillent au Danemark contre 41,7 % en France. En fait le modèle scandinave repose plus sur l'activation et l'incitation au travail de toutes les catégories de la population, incitation fondée sur la mobilité et la déréglementation de l'emploi, sur la responsabilité de l'entreprise, sur la libre négociation des plans sociaux pour mieux assurer la fameuse sécurité sociale professionnelle. L'Etat-providence reste présent, mais ses missions ont été redéfinies.

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