Anna Stellinger, directeur du pôle Économie et Société de la Fondation, regrette cet allongement et pointe les obstacles à l'entrée dans la vie adulte autonome qu’est l'absence d'accès des jeunes aux capitaux et à la création d'entreprise, ou encore la « fausse bonne solution » de la stabilité de l'emploi, alors que la mobilité favoriserait des évolutions de carrière ascendantes. « Plusieurs politiques peuvent être imaginées qui permettraient de casser l'opposition artificielle entre stabilité et mobilité d'un côté, formation et marché du travail de l'autre », affirme-t-elle, en proposant par exemple une prime pour la mobilité professionnelle assortie de déductions des frais de déménagement ou des droits de mutation sur l'achat d'un logement pour ceux qui changeraient de résidence pour des raisons professionnelles. Plus globalement, Anna Stellinger propose aussi une incitation à la mobilité européenne, encouragée par une réforme complète de l'enseignement des langues étrangères. Du côté de l'entreprise, elle suggère un meilleur accès de celle-ci aux étudiants et la possibilité pour eux, en cas de mauvaise orientation, d'être formés par l'entreprise au titre d'une « seconde chance ». Une autre piste pourrait être une campagne d'information valorisant les best practices des entreprises les plus performantes en matière de formation professionnelle.

Marie-Christine Bellosta, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure et directeur scientifique à la Fondation, est catégorique : du point de vue de l'insertion professionnelle, le système éducatif est dans l'impasse, notamment parce la France n'a rien prévu pour insérer dans la vie active ou pour accueillir dans l'enseignement supérieur les titulaires des « bacs massifiés » (51 % des jeunes décrochent un bac général ou technologique).

« Le parcours qui mène les jeunes de stage en CDD et de temps partiel en intérim est, en partie, un corollaire de la disjonction entre leur formation générale et les besoins du marché de l'emploi », écrit-elle. La Fondation préconise une réforme complète du premier cycle universitaire, la tendance française étant de valoriser le temps consacré aux études plutôt que leur contenu, sans réelle valorisation de la qualité et de l'utilité du diplôme : sous-traiter une partie de l'enseignement aux grands lycées pour désengorger d'urgence les amphithéâtres ; instaurer un programme national pour les licences dans chaque discipline ; prévoir une césure professionnelle obligatoire d'au moins six mois avant d'entrer dans le cycle suivant.

Autre levier d'une meilleure réussite des jeunes, évoqué par Franck Debié, directeur général de la Fondation, l'abaissement de la majorité à 16 ans (ou émancipation de ceux qui le demandent à cet âge) afin de responsabiliser les jeunes dans leur choix de scolarité, mais également qu'ils soient davantage pris en compte par les partis et les décideurs politiques. Cette mesure rendrait plus précoce leur accès aux capitaux et, en cas de décohabitation d'avec leurs parents, leur permettraient de toucher eux-mêmes une partie des prestations sociales.

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