Adresse aux candidats à l'élection présidentielle
Jeudi 15 mars 2007 :: Adresse aux candidats :: Lien permanent :: RSS
De grands défis attendent la France. Y sommes-nous prêts ? D’où cette adresse à ceux qui demain auront notre destin en main. La Fondation pour l’innovation politique a commencé ses travaux avec le début du siècle. Elle veut s’adresser à une génération qui a commencé à le construire. Elle souhaite apporter une contribution au débat public sur les points qui lui paraissent essentiels.
Les vents du monde se font plus violents. Les Français craignent que les principes qui ont forgé leur identité soient devenus inopérants aujourd’hui. Beaucoup sont tentés par le repli.
Et cependant, on sent qu’une énergie nouvelle anime le peuple, et surtout la jeunesse. Mais aucune force politique ne cherche à la transformer en pouvoir. C’est ainsi que fleurit sur Internet une nouvelle société du débat et de l’imagination, ouverte sur le monde. Elle peut devenir demain le creuset nouveau de la politique.
Les signes de vitalité sont nombreux. Les Français créent de plus en plus d’entreprises. Ils sont animés par le goût de la découverte et de l’innovation. Ils poursuivent un idéal qui depuis longtemps propose aux hommes et aux femmes de s’émanciper ensemble des habitudes, de faire bon accueil aux inventions et aux talents venus d’ailleurs. C’est pourquoi nous croyons que la France peut aujourd’hui se débarrasser d’un certain nombre de fausses croyances pour regarder le monde à neuf. Globalement le monde s’enrichit. La France doit être partie prenante de cette prospérité. Elle doit renoncer pour de bon à la tentation du protectionnisme – fût-il européen. C’est par un surcroît d’ouverture qu’elle peut espérer réussir. Cette réussite impose de changer beaucoup l’organisation des entreprises, des métiers, des carrières. C’est la responsabilité des élites de faire que tous partagent cette révolution.
De nouvelles attitudes doivent prendre le dessus dans la société et dans l’esprit public. Il n’y aura guère d’innovation sans un brassage entre les sexes, les âges, les origines, sans une pratique de l’égalité qui permette à chacun d’apporter sa contribution. Une telle mixité reste largement à construire dans la société française. La démocratie est figée. L’égalité professionnelle entre hommes et femmes est loin d’être atteinte. La France voit resurgir dans ses quartiers des pratiques qui aboutissent à rejeter les femmes et les filles vers un arrière-monde. L’absence de parité réelle en politique est indigne d’elle. Le racisme n’a pas disparu.
La réussite doit redevenir une valeur des Français. Beaucoup d’entre eux ont l’impression de vivre dans un état d’enfermement. Tout se passe comme s’ils n’avaient pas le droit de changer de vie. Mieux formés, mieux informés, ils acceptent de plus en plus mal de se contenter d’obéir. Ils redoutent ou ils vivent trop souvent le déclassement et la pauvreté ; ils savent que leurs efforts ne seront pas nécessairement suffisants pour permettre à leurs enfants d’en sortir. La société tout entière doit rendre à la jeunesse l’espérance de la réussite.
Assurer la mixité sociale est une responsabilité que l’État ne peut abandonner. Partout : à l’école, à l’hôpital. Dans tous les domaines, il doit s’opposer au développement de ghettos. Or l’État se disperse. Ses moyens se sont réduits. Il prétend intervenir sur tout. Il a perdu sa crédibilité en intervenant dans l’improvisation et l’affolement sur les sujets les plus divers. Il devient un obstacle à la responsabilité des citoyens. Pour retrouver son efficacité, il doit expliquer ce dont il se charge et ce dont il ne se chargera plus.
Le savoir et l’esprit critique ont été de tout temps en France une des clés de la réussite. Or la rigueur du savoir n’est plus au cœur de l’École. L’enseignement est de plus en plus conçu comme un service rendu à des usagers plutôt que comme une mission d’éducation de la nation. L’Éducation nationale a centré de manière excessive sa pédagogie sur l’enfant sans se questionner sur l’avenir professionnel ni sur la culture de l’adulte qu’il deviendra. Pour redonner une valeur au savoir, il est urgent de conforter la place du corps enseignant dans la société, de se préoccuper de son recrutement, de sa formation et de son autorité.
La culture scientifique doit reprendre sa place dans les décisions publiques. Le moment est propice : il y a aujourd’hui dans l’opinion un véritable intérêt pour les questions de recherche.
Se passionner pour le monde est plus nécessaire que jamais.
Car les rivalités entre les grandes puissances changent d’échelle. Elles peuvent ébranler notre économie, son commerce, ses équilibres financiers et énergétiques. Déjà, la libéralisation des échanges marque le pas. Des blocs commerciaux et des accords bilatéraux commencent à s’esquisser, au détriment de ceux qui n’en feront pas partie.
Aux quatre coins du monde s’exprime une hostilité à l’égard des États-Unis qui se transforme en ressentiment contre l’Occident. Elle se nourrit d’humiliation. Les nationalistes ici, les islamistes là, attisent cette colère. Ils la propagent jusque dans nos quartiers. La France n’échappe pas à cet engrenage. Il l’entraîne à renforcer un malthusianisme migratoire qui distend ses liens avec la Méditerranée et l’Afrique, dont les élites regardent ailleurs. Elle devrait au contraire bâtir une politique migratoire authentique, bénéfique à tous.
Dans le même temps, de grands pays comme la Russie ou l’Iran essaient à toute force de retrouver leur rang, en affirmant une nouvelle identité, en redessinant les cartes de l’énergie ou en bousculant le statu quo nucléaire. Ils inquiètent le monde qui les connaît mal.
La France, quel que soit son poids relatif, se doit d’apporter des éléments de réponse à ces défis. Elle doit le faire en développant des réseaux d’alliance efficaces.
Avec ses alliés européens, la France peut contribuer à faire de la mondialisation une civilisation, celle d’une société de droit et de progrès ouverte, solidaire et sûre. À ce projet, la France doit convaincre l’Union européenne d’associer étroitement de grandes nations comme la Turquie ou la Russie, qui appartiennent depuis longtemps à la réalité européenne. Beaucoup d’initiatives concrètes restent à prendre : une Europe de la justice, une Europe des migrations, une Europe de la recherche, une Europe de l’environnement. Les Etats européens doivent renouer avec le pragmatisme, coopérer de manière plus spontanée, se faire mutuellement confiance et avancer le plus rapidement possible.
Le monde restera dangereux. L’existence même de la nation et des citoyens est aujourd’hui menacée par la dissémination nucléaire et le terrorisme. Le premier devoir de l’État est d’assurer la sécurité des siens par le renforcement de sa capacité de défense et par une politique de gestion des risques majeurs, dont le changement climatique. Notre réflexion collective n’accorde pas encore suffisamment d’importance à ces priorités qui doivent être les premières.
Ces considérations nous conduisent à poser aux candidats à l’élection présidentielle les questions suivantes.
La France peut-elle vivre en dehors de la mondialisation ? Un protectionnisme européen, fondé sur la préférence communautaire, vous paraît-il réaliste ?
Êtes-vous pour ou contre la discrimination positive ?
Êtes-vous prêt à ouvrir les statuts de la fonction publique et les métiers réglementés ?
Êtes-vous prêt à confier au secteur privé la gestion de certaines missions de l’État ? Lesquelles ?
Êtes-vous favorable au développement des universités privées ?
La recherche scientifique doit-elle faire l’objet d’une politique européenne commune dans certains domaines ?
Pour relancer la construction européenne, êtes-vous favorable à des coopérations bilatérales ouvertes aux autres ?
Faut-il aller vers une politique étrangère et de défense intégrée au plan européen ? Avec qui ?
Voulons-nous réellement une solidarité intracontinentale avec la Russie ?
Êtes-vous prêt à faire de l’immigration et de l’aide au développement l’objet de politiques européennes communes ?
L’Alliance atlantique vous paraît-elle toujours pertinente ?
Que proposer pour diminuer le ressentiment dont l’Occident fait l’objet dans le monde ?
Jean de Boishue, Philippe Brongniart, Franck Debié,
François Ewald, Jérôme Monod, Jean-Claude Paye.
François Ewald, Jérôme Monod, Jean-Claude Paye.
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> Sur le site de la Fondation
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