Protection de l’environnement : dépenser plus tard mais mieux ?
Vendredi 2 mars 2007 :: Economie et Société :: Lien permanent :: RSS
Le temps a un coût dans l'évaluation des politiques publiques. Or, s'il est une politique qui doit s'évaluer sur le long terme, c'est celle de l'environnement.
L’économiste Christian Gollier a présenté devant le Conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique, son approche de la question. Force est de constater qu’en France, l’Etat a des difficultés à évaluer la pertinence de l’investissement public à long terme. L’analyse des coûts et des bénéfices à long terme, qui est obligatoire aux Etats-Unis chaque fois que l’Etat fédéral se lance dans un grand projet, n’est pas systématisée. L’arbitrage entre les dépenses se fait parfois en fonction de la sensibilité de l’opinion et de la pression des groupes d’intérêts plus que sur la base d’un calcul rationnel.
L’économiste Christian Gollier a présenté devant le Conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique, son approche de la question. Force est de constater qu’en France, l’Etat a des difficultés à évaluer la pertinence de l’investissement public à long terme. L’analyse des coûts et des bénéfices à long terme, qui est obligatoire aux Etats-Unis chaque fois que l’Etat fédéral se lance dans un grand projet, n’est pas systématisée. L’arbitrage entre les dépenses se fait parfois en fonction de la sensibilité de l’opinion et de la pression des groupes d’intérêts plus que sur la base d’un calcul rationnel.
Pour Christian Gollier, il faut anticiper la vigueur de la croissance future. Si les anticipations de croissance sont faibles ou incertaines, les taux d’intérêt baissent, et il devient moins coûteux et plus rationnel d’emprunter et d’investir pour préparer l’avenir. Les calculs d’arbitrage à long terme doivent aussi intégrer ce que Christian Gollier appelle « l'aversion collective au risque », celle-ci augmentant lorsque les individus ont l’impression que certains seront plus menacés que d’autres.
C’est en se fondant sur des méthodes d’anticipation à long terme (encore peu utilisées en France dans les décisions publiques), que le rapport Stern aboutit à la conclusion que nous devrions être prêts à consacrer jusqu'à 10 % de nos richesses présentes et à venir à prévenir l’effet de serre. Des sommes en apparence « colossales » pour un défi qui posera des problèmes sérieux à partir de 2100 seulement et dont les conséquences, à partir de ce moment, sont encore très incertaines !
Pour Gollier, le rapport Stern n’est pourtant pas un exercice de catastrophisme. Les sommes que Stern proposent d’investir se justifient par l’incertitude extrême sur ce qui peut se passer à partir de 2100, ou si la température globale augmente de plus de 4°C : le changement climatique pourrait alors aboutir à un changement radical de mode de vie, dont la facture énergétique, agricole, sanitaire est difficile à calculer. Ajoutons que l’inégalité sera forte face à ce changement : entre les pays, entre les régions, entre les individus. Pour Christian Gollier, Stern reste prudent : il exclut toute évolution catastrophique au cas où l'augmentation des températures serait faible ; il sous-estime plus qu’il ne surestime l'aversion collective aux risques d’environnement. Christian Gollier estime que les sommes à investir pour freiner la transformation de l'environnement auraient être plus importantes encore, si la modélisation retenue avait pris en compte des hypothèses de dégradation du climat plus extrêmes et inquiétantes.
Son point de désaccord avec le rapport Stern est sur l’anticipation de la croissance mondiale à long terme, fixée à un niveau bas – 1,4 %. Si l’on proposait une hypothèse un peu plus favorable de croissance, la rationalité serait alors de ne pas engager immédiatement des dépenses massives pour l'environnement (taxe carbone), de les financer un plus tard, dans un monde devenu plus riche, et en s’appuyant sur des technologies plus performantes dont le développement lui serait financé dès aujourd’hui. Christian Gollier estime que, d'une certaine manière, c'est ce raisonnement qui justifie le choix fait aux Etats-Unis et dans les grandes puissances émergentes: remettre à plus tard, quand on y verra plus clair, des dépenses massives dont l'efficacité peut s'avérer, aujourd’hui même, trop faible par rapport aux efforts consentis.
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> A lire sur le site de la Fondation
L'évaluation des politiques publiques à long terme. Le cas de l'environnement à propos du Rapport Stern (Document de travail par Christian Gollier, janvier 2006)
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