Nucléaire : à quoi pensent les Iraniens ?
Mardi 6 février 2007 :: Europe et International :: Lien permanent :: RSS
La digression de Jacques Chirac sur le nucléaire iranien, au-delà de son opportunité diplomatique, a eu le mérite de poser clairement la question des intentions de l'Iran. Sur ce thème, Franck Debié, directeur du centre de géostratégie de l'ENS et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, est formel : « Les Iraniens veulent la bombe » et il est temps de se demander pourquoi et quelle réaction doit adopter la communauté internationale.
Beaucoup de raisons sont avancées sur cette volonté iranienne de se doter de l'arme nucléaire. Franck Debié les passe en revue, évoquant l'analyse selon laquelle les nouveaux maîtres de Téhéran agiraient « par principe » : l'Occident dispose de cette arme, donc nous devons l'avoir, parce que nous sommes un pays ancien, puissant et que l'arme nucléaire signerait notre retour parmi les grands de ce monde, et même nous aiderait à faire triompher le chiisme religieux en nous armant dans la perspective du combat final, celle de la fin de la « grande occultation » du douzième imam… Posture naïvement « orientaliste », pense Franck Debié, persuadé que les Iraniens développent une véritable stratégie, certes difficile à décrypter compte tenu de la nature du régime iranien, mais qu'il résume ainsi : « obtenir le beurre et l'argent du beurre », c'est-à-dire « acquérir une arme nucléaire suffisante » dans un but de « sanctuarisation dissuasive » de son territoire, mais « sans renoncer au nucléaire civil, sans compromettre une ouverture économique et sans risquer une confrontation avec la communauté internationale ». D'où, poursuit-il, cette stratégie dilatoire, mise en évidence par la chronologie du programme nucléaire de l'Iran, né sous le Shah avec la bénédiction des États-Unis. Franck Debié en convient : « si la politique américaine au Moyen-Orient a accru l'influence de l'Iran en le débarrassant des talibans pro-pakistanais en Afghanistan et de Saddam Hussein en Irak, elle n'en a pas moins accru le sentiment de vulnérabilité et d'insécurité » de la République islamique, historiquement terre d'invasion et de combat pour la préservation de son territoire. « Se doter de l'arme nucléaire pour sanctuariser le pays : voilà ce que l'opinion iranienne, même hostile aux mollahs, peut comprendre et peut-être souhaiter », conclut-il.
Reste à savoir ce que les Européens ont à redouter d'un Iran nucléaire qui poursuivrait un tel objectif. Certes, la règle est celle de la non-prolifération du nucléaire, mais il est hypocrite et inefficace de « forcer l'Iran à faire respecter un traité – le traité de non-prolifération – qu'il ne veut plus ».
Il serait plus réaliste de se lancer, avec ce pays, dans un grand marchandage, un « grand deal » visant pour l'Europe à préserver ses intérêts en montrant à l'Iran que « la patience a des limites » par l'adoption de sanctions immédiates. « Si des sanctions sont prises, le régime de Téhéran ne pourra plus cacher ses responsabilités » et la « charge de la preuve » sera inversée : « Au lieu de devoir faire la preuve de sa détermination, la communauté internationale attendra que l'Iran fasse preuve de bonne volonté non seulement sur l'enrichissement de l'uranium, mais aussi sur le désarmement balistique, bactériologique et sur la non-dissémination », plaide Franck Debié. En contrepartie, la communauté internationale doit convaincre l'Iran qu'il existe une alternative à la « sécurité par la bombe » en lui offrant des garanties : celle de ne pas être menacé par les États-Unis, d'être reconnu comme une puissance régionale partie prenante à la résolution des conflits en Irak, au Liban et à la sécurité dans le golfe Persique, d'acquérir une indépendance énergétique par rapport à la Russie et de pouvoir intégrer l'OMC afin d'enraciner son ouverture économique.
Reste à savoir ce que les Européens ont à redouter d'un Iran nucléaire qui poursuivrait un tel objectif. Certes, la règle est celle de la non-prolifération du nucléaire, mais il est hypocrite et inefficace de « forcer l'Iran à faire respecter un traité – le traité de non-prolifération – qu'il ne veut plus ».
Il serait plus réaliste de se lancer, avec ce pays, dans un grand marchandage, un « grand deal » visant pour l'Europe à préserver ses intérêts en montrant à l'Iran que « la patience a des limites » par l'adoption de sanctions immédiates. « Si des sanctions sont prises, le régime de Téhéran ne pourra plus cacher ses responsabilités » et la « charge de la preuve » sera inversée : « Au lieu de devoir faire la preuve de sa détermination, la communauté internationale attendra que l'Iran fasse preuve de bonne volonté non seulement sur l'enrichissement de l'uranium, mais aussi sur le désarmement balistique, bactériologique et sur la non-dissémination », plaide Franck Debié. En contrepartie, la communauté internationale doit convaincre l'Iran qu'il existe une alternative à la « sécurité par la bombe » en lui offrant des garanties : celle de ne pas être menacé par les États-Unis, d'être reconnu comme une puissance régionale partie prenante à la résolution des conflits en Irak, au Liban et à la sécurité dans le golfe Persique, d'acquérir une indépendance énergétique par rapport à la Russie et de pouvoir intégrer l'OMC afin d'enraciner son ouverture économique.
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> A lire sur le site de 2050, la revue de la Fondation
Nucléaire : à quoi pensent les Iraniens ? (Article de Franck Debié paru dans 2050, la revue de la Fondation pour l'innovation politique, n°2, avril 2006)
Accéder au site de 2050, la revue de la Fondation pour l'innovation politique
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Commentaires
1. Le Mardi 6 février 2007 à 19:04, par Damien
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