Jusqu'à présent, rien n'est moins sûr, puisque chacun des candidats issus des deux grands partis de gouvernement, l'UMP et le PS, s'applique à s'attacher une partie de l'électorat du camp adverse. Au risque de pérenniser, en 2007, la situation de l'élection présidentielle de 2002, caractérisée par le « vote extrême » (10,41% des suffrages exprimés pour l'extrême gauche, 19,20% pour l'extrême droite soit un total de 29,61%) et par la « dissidence électorale » (abstention et vote blanc ont représenté 51,32% des inscrits en 2002 contre 39,30% en 1995, 33,64% en 1988 et 22,06% en 1981).

Dominique Reynié attribue la genèse de la naissance d'un « hypercentre » à 1983, lorsque François Mitterrand mit fin au gouvernement Mauroy et à sa politique socialiste orthodoxe. « Depuis 1983, il y a plus de différence entre la gauche de gouvernement et l'extrême gauche qu'entre la gauche de gouvernement et la droite de gouvernement », souligne-t-il. Et réciproquement. Ce qui le conduit à dessiner les contours d'un centre-droit qu'il qualifie de « libéral-social » et d'un centre-gauche « social-libéral », « distincts mais très proches l'un de l'autre, ces deux blocs formant ensemble l'électorat de l'hypercentre », conclut-il.

En 2002, au soir du premier tour, celui-ci représentait une majorité des électeurs (57,41%), cette majorité étant cependant loin d'être « sensationnelle » puisque les candidatures ne relevant pas de cet hypercentre (constitué par J. Chirac, A. Madelin, F. Bayrou, C. Lepage et C. Boutin à droite, L. Jospin, N. Mamère et C. Taubira à gauche), mises bout à bout, pesaient 42,53%. Soit davantage que chacun des deux blocs formant l'hypercentre.

La thèse de Dominique Reynié est que « le centrisme français n'a pas été défait, il a vaincu ». Mais il s'agit d'un « centrisme de fait », dominé par l'UMP et le PS, qui s'est constitué en même temps qu'il se rétrécissait puisqu'il est passé de 59,46% en 1988 à 50,29% en 1995 pour finir à 40,37% en 2002. Or, ce centrisme de fait n'est pas encore capable de déboucher sur une coalition de gouvernement de type allemand. Il est stérile et laisse plutôt la part belle aux extrêmes, à moins que la période récente ne ramène dans le giron des suffrages exprimés ceux qui, en 2002, se sont abstenus ou ont voté blanc. « La fin, ou l'interruption de la cohabitation limitera la tendance à confondre droite et gauche de gouvernement dans une même responsabilité et, conséquemment, à les frapper d'un même vote sanction dont le 21 avril est à ce jour l'archétype », avance Dominique Reynié, qui relève au passage que « le reflux des extrêmes pourrait être plus marqué à gauche qu'à droite ».

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